Délais de paiement : une entreprise sur deux règle ses factures en retard
Inflation forte, taux d’intérêts plus élevés … La trésorerie des entreprises n’est pas au beau fixe et les délais de paiement ont tendance à s’allonger. Retour sur les principaux enseignements tirés de l’étude menée par Altares au premier semestre 2023.
Des retards supérieurs à 30 jours en France
En matière de retards de paiement, l’Europe « bute sur le seuil « traditionnel » de 13 jours », pointe le dernier panorama des retards de paiement des entreprises en France et en Europe, publié par le groupe Altares le 26 septembre 2023.
Parmi les « bons élèves », l’Allemagne et les Pays-Bas enregistrent des retards de paiement en dessous des 7 jours. Les pays latins sont au contraire plus en peine : plus de 15 jours de retard en moyenne et, pour presque 10 à 15 % des entreprises, un report des règlements fournisseurs à plus de 30 jours.
Bilan en demi-teinte également pour la France. Si la proportion des bons payeurs est « à son plus haut historique » (presque 50 %), les retards supérieurs à 30 jours sont plus fréquents qu’avant (7,6 % contre 5,7 % en 2022).

18 jours de retard pour les entreprises de plus de 1000 salariés
« Les premières analyses de l’été confirment l’incertitude du premier semestre », signale Thierry Million, directeur des études Altares. « Les PME restent à la peine. Mais c’est sur le périmètre des très petites entreprises que les tensions seraient les plus fortes », poursuit-il.
En effet, les TPE de moins de 3 salariés reportent leurs paiements à 13 jours en moyenne contre 11,5 jours pour celles de plus de 3 salariés. Pour les entreprises de 50 à 200 salariés, le retard des règlements est de 12,4 jours en 2023 (contre 11,9 jours en 2022). Enfin, les entreprises de plus de 1000 salariés enregistrent un retard de presque 18 jours en 2023.

Activités B2C sous tension et B2B fragilisées
Dans les relations B2C, les domaines les plus touchés sont la restauration (19,4 jours en 2023 contre 24 jours en 2022), les débits de boisson (18,2 jours contre 14,2 jours en 2022), les coiffeurs (22 jours en 2023 contre 16 jours fin 2021) ou encore celui de l’habillement (13,5 jours).
Côté B2B, le bâtiment « reste le secteur exemplaire », mais l’immobilier s’effondre (plus de 26 jours de retard dans la promotion immobilière et 17,3 jours pour les agences immobilières notamment). L’étude alerte également sur le secteur administratif où les comportements « se dégradent sensiblement depuis 2022 » et dépassent désormais 14 jours.

Faire face à des réalités opérationnelles
Dans son rapport 2022, l’Observatoire des délais de paiement notait une amélioration du comportement des entreprises et un retour à l’avant crise sanitaire. Malgré les efforts fournis par les entreprises en 2023, l’augmentation des grands retards dans certains Etats européens « rappelle à des réalités très opérationnelles », observe Thierry Million. « L’initiative de la Commission européenne visant à ramener les délais de règlement à 30 jours va devoir composer avec des habitudes de paiement interentreprises très contrastées au sein de l’Europe », rappelle-t-il pour conclure.
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