Les chiffres de l’assurance 2024 : l’ACPR confirme l’excellente santé du secteur
Comme chaque année, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) publie son rapport annuel présentant les chiffres officiels du marché de l’assurance. Comme chaque année, il montre que le marché de l’assurance est prospère. Il justifie que la France soit encore aujourd’hui le premier marché européen, bien qu’il soit si peu ouvert aux échanges intracommunautaires.
Le marché de l’assurance se porte toujours aussi bien en 2024
Le mois d’octobre est toujours le moment de la sortie du rapport annuel de l’ACPR qui expose officiellement « les chiffres français de la banque et de l’assurance ». Sans aucune surprise, dès lors que le rapport de France Assureurs annonçait les mêmes tendances (J. Delayen, Rapport annuel de France Assureurs : la bonne santé du secteur est confirmée, Dalloz actualité, 1er oct. 2025), le marché de l’assurance est présenté en excellente forme financière. C’est ainsi, qu’en termes de total de bilan, le « marché français de l’assurance conserve sa première place au sein de l’Union européenne », devant l’Allemagne (p. 11).
Les chiffres excellents de l’ensemble du secteur de l’assurance
En ce qui concerne les chiffres agrégés, quel que soit le secteur de l’assurance concerné, le total du bilan est présenté en augmentation. Ainsi, le « bilan prudentiel agrégé des organismes d’assurance français augmente en 2024 pour atteindre 2 972 milliards d’euros (+ 3,3 %) ». Il renoue avec les chiffres des années exceptionnelles 2019-2021 (qui dépassaient les 3 000 milliards de bilan en raison d’un afflux massif d’épargne lié au confinement) après une année 2022/2023 revenant à la normale constatée sur les années antérieures à 2019 (graphique 10.1, p. 130). La rentabilité du secteur est elle-même au beau fixe. Le résultat net a ainsi augmenté de 5 % passant à 21 milliards d’euros alors que la moyenne constatée sur la période 2016-2023 est de 13,2 milliards d’euros. Quant au résultat technique, il enregistre également une forte hausse puisqu’il augmente de 9,2 %. Le rendement des fonds propres de l’ensemble des organismes d’assurance atteint 8,5 % en 2024, un niveau supérieur à la moyenne enregistrée sur la période 2016-2023 (6,8 %). Deux points viennent simplement relativiser quelque peu cette présentation, sans pour autant entamer l’enthousiasme général. Le premier concerne le processus, constant depuis quelques années, de concentration du marché de l’assurance, en particulier du marché de l’assurance mutuelle. En effet, ce sont vingt-et-une entités qui disparaissent en 2024 dont dix-neuf relevaient du code de la mutualité (p. 122). Il s’agit là d’une constante du marché. Il est ainsi passé de 909 organismes en 2004 à 639 en 2024. En la matière, ce sont bien les mutuelles qui expliquent cette baisse puisque le nombre d’organismes soumis au code des assurances (aux alentours de 300) et de ceux soumis au code de la sécurité sociale (une trentaine) est relativement constant. Quant aux mutuelles, elles seront passées de 550 organismes en 2004 à 305 en 2024 en raison d’un vaste mouvement de concentration. En second lieu, le ratio de solvabilité du secteur baisse cette année de manière assez significative. Il perd en effet onze points de pourcentage par rapport à 2023, à 239 % fin 2024. Malgré tout, comme le rappelle l’ACPR, il n’y a pas de raison de s’inquiéter pour la stabilité du secteur de l’assurance dès lors que le ratio reste « largement supérieur à l’exigence prudentielle minimale de 100 % ».
Les chiffres record du secteur de l’assurance-vie
La collecte en assurance-vie est directement annoncée à des niveaux records depuis 2011 (graphiques 12.2, p. 156 et 12.10, p. 160). Et pour cause ! La collecte brute n’a jamais été aussi élevée tous supports de contrat rachetables confondus, passant à 141,8 milliards en 2024 (p. 154), soit une hausse de 14,9 milliards par rapport à 2023. Quant aux prestations versées, elle baisse de 7,8 % en raison à la fois d’une baisse des sinistres (- 3,9 %) et des rachats (- 10 %). Les prestations versées s’élèvent ainsi à 119 milliards d’euros. Mécaniquement, on comprend que la collecte nette atteint de nouveau record avec ses 22,8 milliards d’euros. Plus exactement, on constate un effet de vase communiquant entre la collecte en euros, qui enregistre une décollecte de 2,7 milliards d’euros (loin des - 33,4 milliard d’euros de l’année 2023), et la collecte en unité de compte (UC) qui, elle, voit sa collecte nette en forte hausse de 25,5 milliards d’euros.
Les chiffres en progression du secteur de l’assurance non-vie
Le niveau des primes perçues par les assureurs augmente également dans le secteur de l’assurance non-vie (137 milliards d’euros, en hausse de 6,8 %). Cette augmentation n’est pas liée directement à la conclusion de nouveaux contrats d’assurance mais, pour l’essentiel, à une augmentation des tarifs de l’assurance, laquelle, selon l’INSEE, est, pour la seule année 2024, de 8 %. Cette hausse serait justifiée par le souci de « faire face à une charge des sinistres également en forte hausse » (p. 12). Elle concerne les assurances de dommages corporels (santé, garantie accident et incapacité) (+ 7 %) et l’assurance automobile (+ 7,4 % en raison de la hausse du coûts des réparations liées à une plus grande sophistication technologique des véhicules, apprend-on). En retour, et d’une manière générale, les sinistres non-vie augmentent de 5,1 % pour atteindre 132 milliards d’euros. C’est surtout la sinistralité en construction qui explose (+ 43 %) ainsi que celle en responsabilité civile (+ 35,7 %). Ces deux secteurs représentent certes des volumes d’assurance plus modestes (3,6 % pour les premières et 2,8 % pour les secondes) ; il reste que cette augmentation explique pour près de deux points l’augmentation globale des sinistres (p. 166). Contre toute attente, « les catastrophes naturelles voient leur sinistralité baisser de 42 %, l’année 2024 ayant connu globalement moins de sinistres d’importances majeures » (p. 12). C’est ainsi que le ratio combiné du rapport entre les primes et les sinistres devient beaucoup plus favorables aux assureurs non-vie en cette année 2024 passant de 105 % à un très confortable 92 %.
Le marché de l’assurance toujours aussi peu européen
Comme le précise l’ACPR, « l’activité transfrontalière d’assurance, facilitée par le dispositif de passeport européen, connaît une évolution marginale en 2024 ». Ainsi, « le nombre d’entreprises de l’EEE exerçant en libre prestation de services (LPS) en France passe de 607 en 2023 à 614 en 2024 (v. tableau 9.3). En parallèle, le nombre d’exercices de la LPS par des entreprises françaises (74 organismes concernés) dans d’autres pays européens (9 pays en moyenne par assureur) passe de 1 295 à 1 227 sur la même période (v. tableau 9.4). Concernant le libre établissement (LE), 58 entreprises européennes sont recensées en France en 2024 contre 57 en 2023 (v. tableau 9.5), tandis que le nombre de succursales d’entreprises françaises établies dans d’autres États membres s’est stabilisé à 145 (v. tableau 9.6). » (p. 120).
Concordance avec le rapport de France Assureurs
Pour conclure, puisqu’il nous avait été donné l’occasion de commenter également les chiffres avancés par France Assureurs pour l’année 2024 (J. Delayen, art. préc.), il est tentant de rapprocher ceux-ci de ceux présentés par l’ACPR. Sur ce point, un sentiment d’inconfort apparaît très vite, entretenu par le fait qu’il est difficile de trouver une parfaite symétrie des chiffres avancés. S’agit-il d’une différence d’indicateur ou de base de calcul ? D’une différence quant au nombre d’acteurs concernés (mais France Assureur revendique 99 % de représentation du marché) ? Il est difficile et donc déplaisant d’y répondre. Parfois l’opposition entre les deux rapports est beaucoup plus manifeste. Un exemple suffira. Il s’agit du secteur de l’assurance catastrophes naturelles. Nous avons rappelé que le rapport de l’ACPR est plutôt rassurant en la matière pour la seule année 2024. Cela tranche considérablement avec le rapport de France Assureurs qui présente une année 2024 qui « a été l’année la plus pluvieuse et la moins ensoleillée depuis plus de vingt ans », présentant « une sinistralité élevée » et pour laquelle « les dégâts des eaux correspondent au premier poste de sinistres en habitation » (p. 31), si bien que « pour la dixième année consécutive, la branche des catastrophes naturelles est déficitaire » (p. 31). Or, pour l’ACPR, « malgré d’importants évènements climatiques en 2024 (par ex., inondations dans les Hauts-de-France, tempêtes Kirk et Leslie), la sinistralité de l’assurance de catastrophes naturelles diminue de 42 % en 2024 succédant à un pic en 2023 (cf. graphique 13.6) ». Cela pèse même « à la baisse sur la progression globale de la sinistralité à hauteur de 1,4 point » (p. 31). Le ratio sinistres sur primes serait ainsi passé à 95 % en 2024 après un pic, il est vrai particulièrement conséquent, à 176 % en 2023.
ACPR, Les chiffres du marché français de la banque et de l’assurance 2024, 23 oct. 2025
par Julien Delayen, Enseignant-chercheur à l'UPJV, membre du CEPRISCA
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