Orange intègre l'intelligence artificielle dans son accord sur l'égalité professionnelle
Le groupe de télécommunications consacre un volet inédit à l'IA générative dans son accord sur l'égalité professionnelle et la lutte contre les discriminations. Avec l'ambition de prévenir les biais algorithmiques et de garantir une approche inclusive.
Orange franchit une étape inédite dans le dialogue social autour de l'intelligence artificielle. L'opérateur a signé, le 10 décembre 2025, avec deux organisations syndicales, la CFDT F3C et la CGT FAPT (la CFE-CGC n’a pas paraphé le texte), un accord sur l'égalité professionnelle et la lutte contre les discriminations pour la période 2025-2027 qui intègre un chapitre spécifique consacré à "l'intelligence artificielle inclusive".
Cette initiative vise à placer l'inclusion au cœur de la stratégie d'IA du groupe, tant pour ses clients que pour les salariés. L'objectif affiché : développer une intelligence artificielle "accessible, équitable et respectueuse des diversités", tout en mettant en place une gouvernance capable de mesurer et de corriger ses impacts sociaux.
Des risques de biais bien identifiés
Le texte s'appuie sur les travaux de recherche menés par des institutions de référence comme l'Unesco, l'Inria, Stanford ou le MIT (Massachusetts Institute of Technology (), qui alertent sur les risques de biais algorithmiques. Ces derniers, s'ils ne sont pas identifiés et corrigés, peuvent reproduire et amplifier les inégalités existantes, qu'il s'agisse de genre, d'origine, de handicap, d'orientation sexuelle ou d'âge.
Pour y répondre, Orange déploie une stratégie en plusieurs volets. Le groupe s'engage tout d'abord à former l'ensemble des collaborateurs aux enjeux technologiques, réglementaires, éthiques et environnementaux de l'IA. Des parcours de reconversion vers des métiers liés à la data et à l'intelligence artificielle sont également proposés aux salariés qui souhaitent se spécialiser dans ces domaines.
Des espaces de dialogue et de formation
Au-delà de la formation classique, Orange a mis en place des espaces d'échanges réguliers. Les conférences "GenAI for All", animées par Orange Innovation, permettent de partager les fondamentaux et les cas d'usage internes réussis. Des sessions de "Papotage ChatGPT" offrent quant à elles un cadre plus informel pour échanger sur les expériences et les interrogations des salariés face à ces technologies.
Sur le plan éthique, l'accord prévoit une évaluation systématique des risques de biais avant tout déploiement d'outils d'IA, avec un suivi et des ajustements après leur mise en œuvre. Des audits de contrôle peuvent être menés pour vérifier l'application effective de ces principes. La direction des ressources humaines, en première ligne sur ces sujets depuis 2024, a notamment élaboré des "lignes directrices" spécifiques pour garantir l'égalité de traitement dans les outils d'IA générative.
Une gouvernance structurée
Orange s'appuie sur une architecture de gouvernance établie en 2021 avec la création du Conseil éthique de la data et de l'IA, en conformité avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) et l'AI Act européen. Un correspondant éthique des données et de l'intelligence artificielle a également été désigné au sein de la direction des ressources humaines du groupe.
L'opérateur a par ailleurs signé la Charte internationale pour une IA inclusive aux côtés de 149 entreprises et organisations ainsi que le Pacte Femmes & IA dans le cadre de son partenariat avec le Cercle InterElles. Le groupe détient également le label GEEIS-AI, renouvelé début 2025, qui a pour objectif de contribuer à la création d'une culture européenne et internationale commune en matière d'égalité professionnelle. Il intègre désormais les pratiques liées à l'IA générative.
Cette démarche témoigne de la volonté d'Orange d'anticiper les transformations induites par l'intelligence artificielle dans le monde du travail, tout en inscrivant leur régulation dans le cadre du dialogue social.
par Anne Bariet
© Lefebvre Dalloz