Trois-quarts des responsables RH s'estiment légitimes à piloter ou à contribuer à la démarche RSE

Le cabinet d'expertise et de conseil en RSE, Ekodev, s'est penché sur la manière dont les professionnels RH traitent les thématiques de la RSE. Les résultats de l'enquête ont été dévoilés lors d'un webinaire organisé la semaine dernière.

Ekodev, cabinet d'expertise et de conseil en RSE et stratégie climat, a organisé la semaine dernière un webinaire sur la perception des DRH sur la responsabilité sociale et environnementale (RSE) à partir des résultats d'une enquête menée en décembre 2022 (*). Si la fonction RH s'est en partie emparée du sujet, des progrès restent néanmoins à faire.

Les RH se préoccupent avant tout du volet social de la RSE

Les responsables RH se montrent plus "timorés" sur les sujets RSE et moins impliqués que les responsables RSE alors que la RSE est un sujet important, voire majeur et un levier de performance pour 90 % des répondants de la fonction RH", fait observer Yves Daumas, directeur régional Sud-Est d'Ekodev. "Les RH travaillent beaucoup sur les aspects sociaux de la RSE, ce qui n'est pas une surprise en soi, mais ils gagneraient sans doute à avoir une vision un peu plus large, notamment au niveau de l'entreprise et un peu plus partagée sur les autres aspects", constate-t-il. En effet, les RH accordent avant tout leur attention aux sujets liés aux conditions de travail et à la QVT. Arrivent ensuite : la préservation de l'environnement et la loyauté dans les pratiques commerciales. Yves Daumas fait remarquer que ce dernier sujet "est déjà pris en compte par les RH, notamment par des formations périodiques sur le sujet". 

Les droits de l'homme sont cités en dernier par la fonction RH (contrairement aux responsables RSE) mais "cela s'explique par la vision que portent les DRH avec la réglementation sur le travail. Cela apparait donc moins comme un sujet prioritaire car il est mieux maîtrisé par la fonction RH". 

Selon Yves Daumas, "le sujet climatique devient une priorité, sans doute en raison de sa médiatisation, et l'environnement au sens large dont la biodiversité. Il s'agit du premier enjeu environnemental pour les salariés et futurs salariés d'ou la nécessité de structurer et de clarifier les engagements".

L'importance de former les équipes RH sur la RSE 

Les professionnels RH ne délaissent pas la question RSE, loin de là. "La fonction RH se sent très majoritairement responsable (96 %), en moins en partie, de ces sujets RSE, qu'il s'agisse de les piloter ou d'y contribuer. Il est d'ailleurs intéressant de noter que les équipes RSE espèrent une implication de la fonction RH sur ces sujets. 20 % d'entre eux attendent des RH qu'ils jouent un rôle de pilotage stratégique, 60 % qu'ils pilotent certaines actions. 78 % des responsables RH souhaitent quant à eux piloter certaines actions ou voire la démarche RSE de l’entreprise", indique Yves Daumas. 

Les RH sont toutefois confrontés à des freins de deux ordres pour s'emparer des thématiques RSE. Le premier, "le manque de temps et la charge des fonctions (31 %), le second le manque de compétences internes (24 %) et le fait que les équipes RH ne soient pas encore suffisamment formées sur les différents aspects de la RSE", observe Yves Daumas. En revanche, le manque d'intérêt des collaborateurs et de la direction générale n'apparaissent pas comme des obstacles ce qui témoigne, décrypte Yves Daumas, "que leur intérêt et leur implication sont malgré tout acquis".

Pour le directeur régional, il est donc essentiel que les RH se forment et forment leur équipes.

La RSE, un élément essentiel de rétention et de recrutement

Une chose est sûre, les professionnels RH se jugent tout à fait aptes à traiter de la RSE. 3/4 des répondants s'estiment ainsi légitimes à piloter ou à contribuer à la démarche RSE de l’entreprise. Les trois principaux piliers de leur légitimité sont :

  • leur rôle de formation et de montée en compétences des salariés ;
  • leur rôle de motivation, de rétention et d'acquisition dans le recrutement de salariés ;
  • et la transversalité de la fonction RH. 

Leur légitimité rejoint également la nécessité de s'intéresser à la RSE en raison de l'appétence des salariés et des candidats au recrutement. 94 % des professionnels RH estiment que la RSE est un facteur de motivation et de rétention des salariés. Plus de 90 % déclarent qu'il s'agit d'un facteur d'attractivité de nouveaux salariés. D'ailleurs, note Yves Daumas, "il s'agit d"un point mis en avant dans le cadre du processus de recrutement par près de la moitié de la fonction RH (44 %), un quart seulement en fonction du poste et un autre quart si le candidat soulève la question". 

Les salariés et futurs salariés attendent beaucoup de l'entreprise s'agissant de volet social de la RSE (QVT et conditions de travail) mais aussi sur le volet environnemental. Le climat apparaît comme la première préoccupation de ce champ RSE.

Etablir le dialogue avec le CSE sur la RSE

Enfin, Yves Daumas rappelle que les CSE ont désormais un rôle à jouer dans les questions environnementales. "La relation avec le CSE [sur ces sujets] est en train de s'établir. Il y a un nombre important d'entreprises qui ont pris en compte le sujet en sont en train d'y travailler, mais le sujet demande encore un peu à se consolider. La question qui émerge est celle des compétences et la prise en compte de ces sujets par le CSE. Ce sujet n'était jusqu'à présent pas pris en compte par le CSE qui n'est dès lors pas forcément très pertinent sur le sujet". La formation apparaît donc là encore comme un moteur pour que l'ensemble des acteurs de l'entreprise prennent à bras le corps. 

Au final, il convient de "réfléchir à une homogénéisation de la vision de la RSE et à un meilleur partage de cette vision au sein de l'entreprise par les différentes fonctions et entités de l'entreprise pour que l'histoire qu'on va raconter sur la RSE soit la même pour l'ensemble des équipes quelle que soit leur fonction. Cela passe par une meilleure formalisation des engagements et une meilleure formation des équipes RH sur le sujet", conclut Yves Daumas. 

 

(*) L'enquête - anonyme - a été conduite entre septembre et décembre 2022 auprès de 90 directeurs ou responsables RH, 8 responsables RH portant la responsabilité RSE et 30 directeurs ou responsables RSE QHSE. 120 réponses ont été collectées via un questionnaire en ligne directement par le répondant (réponse obligatoire à chacune des questions). 10 répondants DRH/RRH ont été accompagnés par un consultant d'Ekodev dans le cadre d’une interview en face à face (en pièce jointe).

 

© Lefebvre Dalloz